Témoignage d'un officier allemand
Foreign and Commonwealth Office London Swia 2AH
à
M. A. Gessarentz21, rue du Dauphiné F - 26200 Montélimar
Prisonniers Turcs à Malte
Cher M. Gessarentz,
J’ai été chargée de répondre à votre lettre du 25 août demandant combien de Turcs avaient été arrêtés ‒ et par conséquent internés dans l’Île de Malte ‒ quand les troupes alliées entrèrent à Constantinople le 16 mars 1919. Vous demandiez également combien de soldats britanniques avaient par la suite été pris en otages par les forces nationalistes turques pour être échangés contre les prisonniers turcs de Malte en octobre 1921.
Je vous adresse inclus un extrait du volume XV de Documents sur la politique étrangère britannique donnant les nombres tels qu’ils étaient connus en février 1921 par Lord Curzon, alors ministre des Affaires Étrangères. C’est, je le crains, la meilleure réponse que je puisse vous donner, ne pouvant entreprendre pour votre compte des recherches plus approfondies dans les archives britanniques de cette époque.
En fait il est clair, d’après les sources publiées que j’ai consultées, que le nombre précis des prisonniers concernés, qu’ils soit turcs ou britanniques, n’est pas facile à déterminer.
Le nombre de Turcs à Malte a varié en fonction des arrestations effectuées par la suite et/ou des libérations des premiers internés et, même à l’époque, il semble qu’il y avait beaucoup d’incertitude sur le nombre de sujets britanniques au pouvoir des Turcs. Finalement quand l’échange eut lieu, le 31 octobre 1921, le chiffre des prisonniers turcs de Malte cité par Lord Curzon (plus de cent) fut ramené à « une cinquantaine » selon un témoin oculaire de l’échange, à « plus de quatre vingts » selon un autre témoin (H. Armstrong, Turkey in travail, p. 213 ; T. Rawlinson, Adventures in the Near East, p. 355).
Selon Rawlinson, qui était un des prisonniers britanniques dont il est question, le gouvernement britannique espérait recevoir plus de 140 prisonniers britanniques et Indiens que les Turcs affirmaient détenir. Il racontait cependant, qu’outre lui-même, seulement six sujets furent remis et prétendait que la plupart des autres étaient sûrement morts depuis au moins un an. Quelle que soit la vérité dans tout cela, 140 est sûrement un chiffre beaucoup trop élevé par rapport à 26 cité par Lord Curzon.
Je regrette qu’il ait fallu un si long délai pour mettre à jour ce qui est, somme toute, loin d’être une réponse définitive. L’échange a été sûrement une sale affaire, comme le fut d’ailleurs toute cette période. J’espère néanmoins que ce renseignement s’avèrera suffisant pour vos projets.
Sincèrement vôtre
Signé:
Angela Gillon
Wester & ; Southern European Section Research Department
Documents sur la politique étrangère britannique, 1919-1939
édité par
Rohan Butler, M.A.
FelIow of All Souls College, Oxford
et
J,P.T. Bury, M.A.
FelIow of Corpus Christi ColIege, Cambridge
assisté par M.E. Lambert, M.A.
Premières séries, Volume XV, Conférences et entretiens internationaux, 1921, pages 164-165.
5.- Prisonniers britanniques et français aux mains des kémalistes.
Lord Curzon a fait part à la conférence qu’un certain nombre d’officiers et soldats britanniques étaient aux mains du gouvernement d’Angora, et il croyait comprendre que les kémalistes détenaient aussi un certain nombre de prisonniers français. L’opportunité de la rencontre avec les délégués kémalistes devait être saisie pour tenter d’obtenir la libération de ces prisonniers et si cela était possible d’effectuer un genre d’échange. Le gouvernement britannique avait plus de cent prisonniers turcs à Malte, dont environ soixante et dix étaient responsables de violation d’armistice, cruauté envers des prisonniers de guerre et brutalités envers les chrétiens. La différence, quelque trente six, pouvait être utilisée pour l’échange. Il y aurait en tout plus ou moins vingt six prisonniers britanniques en comptant le colonel Rawlinson, frère du Commandant en chef des Indes. Il serait plus facile d’obtenir la libération des prisonniers si nous pouvions offrir un échange.
Monsieur Berthelot mentionna que les kémalistes détenaient environ six cents prisonniers français et que les Français avaient fait plusieurs milliers de prisonniers turcs dans les récentes opérations.
La conférence marqua son accord :
La question de l’échange des prisonniers sera abordée avec la délégation turque dans les conditions suggérées par Lord Curzon.